
Une inflation repartie à la hausse dans la zone euro
L’économie européenne aborde la mi-avril 2026 dans un climat nettement plus tendu qu’en début d’année. Selon Reuters, l’inflation dans la zone euro est remontée à 2,5 % en mars, contre 1,9 % en février, sous l’effet du renchérissement de l’énergie lié à la crise au Moyen-Orient. Dans le même temps, la France, deuxième économie de la zone euro, a vu son inflation atteindre 2,0 % sur un an en mars, contre un niveau plus faible le mois précédent.
Cette remontée intervient alors que beaucoup d’économistes espéraient une phase de stabilisation des prix. Les responsables de la Banque centrale européenne considèrent pour l’instant que le choc reste surtout énergétique, mais plusieurs membres de l’institution redoutent que cette hausse ne diffuse progressivement aux autres secteurs, comme cela s’était produit lors du précédent cycle inflationniste. Reuters rapporte aussi que certains décideurs craignent un enracinement plus rapide des anticipations d’inflation si les entreprises et les ménages réagissent en intégrant durablement la hausse des coûts dans leurs décisions.
La BCE hésite encore sur la réponse à apporter
Face à cette nouvelle poussée des prix, la BCE reste prudente. D’après Reuters, les responsables monétaires ne voient pas encore assez d’éléments pour justifier immédiatement une hausse des taux en avril, même si les marchés financiers ont fortement revu leurs anticipations. Toujours selon Reuters, les traders allaient jusqu’à intégrer jusqu’à 80 % de probabilité d’un relèvement des taux lors de la réunion d’avril, alors qu’avant la dégradation géopolitique, ils envisageaient encore plutôt une baisse de taux en 2026.
Cette divergence entre la prudence de la BCE et la nervosité des marchés montre à quel point la situation reste fragile. Les banquiers centraux observent que l’activité demeure molle, que les revenus réels des ménages sont affectés par la hausse du carburant et que le marché du travail ne montre pas encore de tensions salariales suffisantes pour nourrir une spirale durable. Mais ils savent aussi qu’une attente trop longue pourrait fragiliser leur crédibilité si les prix de l’énergie restent durablement élevés.
Le choc énergétique menace la croissance européenne
Le problème n’est pas seulement monétaire. Il touche le cœur même de la croissance européenne. L’Associated Press rapporte que le FMI a abaissé sa prévision de croissance mondiale pour 2026 à 3,1 %, contre 3,3 % attendus en janvier, et ramené celle de la zone euro à 1,1 %. L’institution estime aussi que l’inflation mondiale atteindra 4,4 % en 2026, en partie à cause du renchérissement du pétrole et du gaz provoqué par la crise.
Le risque redouté par plusieurs responsables européens est désormais celui d’une croissance faible accompagnée d’une inflation persistante. Ce scénario de quasi-stagflation pèserait lourdement sur les ménages comme sur l’investissement. Reuters a rapporté cette semaine que le président de l’Eurogroupe considère justement la stagflation comme le pire scénario pour l’Union européenne, tout en estimant que l’Europe n’y est pas encore entrée. L’idée est claire : l’économie européenne encaisse un choc de coûts sans disposer d’un moteur de croissance assez puissant pour l’absorber facilement.
L’industrie et les transports déjà fragilisés
Les secteurs les plus dépendants de l’énergie commencent à ressentir directement la pression. The Guardian rapportait le 10 avril que plusieurs aéroports européens redoutaient des pénuries de kérosène sous trois semaines si l’approvisionnement mondial ne se normalisait pas rapidement. Le même suivi signalait que les prix du carburant aviation avaient plus que doublé sur un an. Cela menace non seulement le transport aérien, mais aussi tout l’écosystème touristique européen à l’approche de la haute saison.
L’industrie lourde est elle aussi sous tension. Reuters a indiqué que l’Union européenne venait de décider un durcissement majeur de sa protection commerciale sur l’acier, avec un plafond d’importations sans surtaxe ramené à 18,3 millions de tonnes par an, soit une baisse de 47 % par rapport à 2024, et des droits pouvant monter à 50 % au-delà des quotas. Le secteur européen de l’acier ne fonctionnerait plus qu’à 65 % de sa capacité, selon la même source. Ces chiffres montrent que, derrière le débat monétaire, une partie du tissu productif européen reste déjà affaiblie par la hausse des coûts et la concurrence mondiale.
Une économie européenne prise entre soutien et rigueur
Pour les gouvernements européens, la difficulté est désormais double. Ils doivent protéger les ménages contre le choc énergétique sans reproduire les mécanismes de soutien massif qui avaient alimenté l’inflation lors des crises précédentes. Le FMI recommande d’ailleurs des aides ciblées plutôt que des subventions généralisées, afin de contenir le coût budgétaire et de ne pas stimuler artificiellement la demande. The Guardian rapportait aussi que l’institution appelait les pays à économiser l’énergie, notamment par des mesures de sobriété dans les transports et l’organisation du travail

