
Le FMI abaisse ses prévisions pour 2026
L’économie mondiale a abordé le mois d’avril 2026 dans un climat nettement plus tendu. Le Fonds monétaire international a revu à la baisse sa prévision de croissance mondiale pour 2026, à 3,1 %, contre 3,3 % dans ses projections de janvier. Dans le même temps, l’inflation mondiale est désormais attendue à 4,4 % cette année, contre 4,1 % en 2025. Selon AP, ce changement de cap s’explique en grande partie par la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre au Moyen-Orient et aux perturbations qui touchent les flux de pétrole et de gaz.
Le FMI avertit aussi que le scénario pourrait se dégrader davantage si le choc énergétique se prolonge. Dans l’hypothèse d’un pétrole durablement au-dessus de 100 dollars le baril jusqu’en 2027, la croissance mondiale pourrait tomber vers 2 % sur 2026 et 2027. Reuters rapporte que l’institution appelle donc les gouvernements à éviter des réponses budgétaires trop larges et à privilégier des aides ciblées pour les ménages les plus exposés.
Le pétrole redevient le principal facteur de risque
Le moteur de cette dégradation reste le marché de l’énergie. Reuters indiquait le 13 avril que ANZ avait relevé ses prévisions sur le brut, en tablant sur un Brent au-dessus de 90 dollars pour le reste de 2026, avec un objectif de fin d’année à 88 dollars, contre environ 80 dollars auparavant. La banque expliquait cette révision par les pertes d’approvisionnement au Moyen-Orient et les perturbations autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du commerce mondial de pétrole.
D’autres banques restent un peu moins agressives, mais reconnaissent la montée du risque. Reuters rapportait aussi le 15 avril que Goldman Sachs visait en moyenne 83 dollars pour le Brent en 2026, tout en soulignant que les risques à la hausse comme à la baisse s’étaient fortement accentués. Ce retour brutal de la variable énergétique remet sous pression les pays importateurs, les transports, l’industrie et les banques centrales.
Les marchés financiers deviennent plus vulnérables
Au-delà de la croissance et de l’inflation, le FMI estime que la guerre au Moyen-Orient accroît aussi les risques pour la stabilité financière. Reuters rapporte que, dans son rapport semestriel sur la stabilité financière mondiale, l’institution souligne une baisse de 8 % des marchés actions mondiaux et une hausse des rendements obligataires souverains depuis l’aggravation de la crise. Elle alerte en particulier sur les secteurs très endettés, les fonds spéculatifs, le crédit privé et certains segments liés à l’intelligence artificielle.
Le FMI chiffre par ailleurs à plus de 18 000 milliards de dollars l’exposition des hedge funds, et à 3 500 milliards de dollars la taille du marché du crédit privé. Le risque, selon l’institution, n’est pas encore celui d’un choc financier désordonné, mais celui d’un durcissement progressif des conditions de financement qui finirait par peser sur les entreprises, l’investissement et l’emploi.
Les pays pauvres sont les plus exposés
L’un des points les plus sensibles concerne les économies déjà fragiles. Reuters rapporte que le PNUD estime qu’un soutien de 6 milliards de dollars sous forme de transferts ciblés ou d’aides temporaires à l’énergie pourrait empêcher 32 millions de personnes de basculer dans la pauvreté à cause de la flambée des prix provoquée par la guerre. L’agence souligne que les pays à faible revenu cumulent déjà dette élevée, marges budgétaires limitées et forte dépendance aux importations énergétiques.
Dans le même esprit, le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a déclaré que l’institution pourrait mobiliser entre 80 et 100 milliards de dollars sur les 15 prochains mois pour aider les pays les plus touchés. Reuters précise qu’une première enveloppe de 20 à 25 milliards pourrait être activée rapidement via un mécanisme de réponse aux crises, avant d’éventuels redéploiements supplémentaires.
Les gouvernements cherchent à éviter une nouvelle dérive budgétaire
Face au choc, les grandes économies tentent d’éviter les erreurs commises pendant les crises précédentes. Un groupe de ministres des Finances, parmi lesquels ceux du Royaume-Uni, du Japon, de l’Espagne, des Pays-Bas, de la Pologne et de plusieurs autres pays, a appelé cette semaine à un cessez-le-feu complet, en soulignant que les effets sur la croissance, l’inflation et les chaînes d’approvisionnement seraient durables même en cas d’accalmie. Ils plaident pour des soutiens ciblés et pour éviter un retour au protectionnisme sur les chaînes d’approvisionnement critiques.
Le FMI tient la même ligne. Reuters rapporte que l’institution déconseille les subventions généralisées sur les carburants, jugées coûteuses et inefficaces, et rappelle que la dette publique mondiale pourrait atteindre 100 % du PIB d’ici 2029, voire 121 % dans un scénario plus sévère. Les paiements d’intérêts représentent déjà près de 3 % du PIB mondial, ce qui réduit la capacité des États à absorber un nouveau choc de grande ampleur.
Au final, le mois d’avril 2026 marque un tournant pour l’économie mondiale. Le sujet n’est plus seulement la reprise post-inflationniste, mais la capacité des États, des marchés et des institutions internationales à absorber un choc énergétique majeur sans faire dérailler la croissance. Les chiffres publiés ces derniers jours montrent que ce risque n’est plus théorique : il pèse déjà sur les prévisions, sur les marchés et sur les marges de manœuvre budgétaires des gouvernements

