l’immobilier repart, mais la crise du logement reste entière

Les prix recommencent à monter

Le marché immobilier français montre des signes clairs de redémarrage au printemps 2026, mais cette reprise reste très inégale et ne résout pas le problème central d’accès au logement. Les dernières données d’Eurostat montrent qu’au quatrième trimestre 2025, les prix des logements ont progressé de 5,5 % dans l’Union européenne et de 5,1 % dans la zone euro sur un an, tandis que les loyers augmentaient encore de 3,2 %. En France, l’Insee constatait déjà un rebond des prix dans l’ancien au premier trimestre 2025, avec une hausse de 1,0 % sur un trimestre, après deux trimestres quasi stables. 

En Île-de-France, le retournement est particulièrement observé dans les appartements. L’Insee indiquait qu’au troisième trimestre 2025, les prix des logements anciens y avaient progressé de 0,2 % sur un trimestre et de 0,4 % sur un an, après dix trimestres de baisse. Les appartements affichaient même une hausse annuelle de 1,3 %, alors que les maisons restaient en recul. Cela montre que le marché n’est pas revenu à une dynamique uniforme : la reprise existe, mais elle est plus visible dans les segments les plus tendus. 

Le vrai problème reste le manque d’offre

Le sujet majeur en France n’est plus seulement la direction des prix, mais le manque structurel de logements disponibles. C’est ce qui pousse l’État à chercher de nouveaux leviers, en particulier en région parisienne. Le 10 avril 2026, les pouvoirs publics ont confirmé un programme visant à transformer des bureaux vacants en 8 200 logements en Île-de-France. Sur ces futurs logements, environ 3 900 seraient destinés aux étudiants et 50 % relèveraient du logement social. Le projet repose sur 61 opérations retenues parmi 101 propositions, avec un financement public initial de 50 millions d’euros, dont 35 millions issus du Fonds national d’aide à la pierre. 

Cette stratégie dit beaucoup sur l’état du marché français. Si l’État mise sur la reconversion de bureaux, c’est parce que la production neuve ne suffit pas à absorber la demande dans les zones tendues. Le cas francilien est particulièrement parlant : des surfaces tertiaires deviennent vacantes, alors que le logement manque toujours dans les secteurs bien desservis. Le Monde notait dès 2025 qu’une partie des 5,4 millions de mètres carrés de bureaux inoccupés en Île-de-France pouvait constituer un gisement important de logements potentiels. En 2026, cette logique passe désormais du diagnostic à l’action publique. 

Le crédit s’est stabilisé, sans redevenir facile

Le crédit immobilier, lui, s’est un peu détendu, mais il ne permet pas encore un vrai retour à la fluidité du marché. La Banque de France a indiqué que le taux d’intérêt des nouveaux crédits à l’habitat hors renégociations s’élevait à 3,08 % en décembre 2025, après 3,10 % en novembre 2025. Dans le même temps, la croissance annuelle des encours de crédits à l’habitat aux ménages restait faible, à 0,7 %, signe que la demande de financement se maintient sans retrouver l’élan des années de taux bas. 

Autrement dit, le marché n’est plus bloqué comme au plus fort du choc monétaire, mais il n’est pas redevenu accessible pour autant. Pour les ménages, des taux proches de 3 % restent très supérieurs à ceux observés avant le resserrement monétaire. Cela réduit la capacité d’emprunt, surtout dans les zones où les prix ne baissent plus. La stabilisation du crédit soutient la reprise des transactions, mais elle ne suffit pas à rétablir une vraie solvabilité pour les primo-accédants. 

L’activité tient, mais le contexte devient plus incertain

Sur le plan macroéconomique, l’environnement français n’est pas catastrophique, mais il reste fragile. La Banque de France estime que l’économie a progressé de 0,3 % au premier trimestre 2026, après 0,2 % au trimestre précédent. Cette amélioration tient notamment à une activité encore stable dans l’industrie, les services et la construction en mars. Mais la même note souligne aussi une nette montée des incertitudes pour avril, dans un climat marqué par les tensions au Moyen-Orient, les difficultés logistiques et la remontée attendue de certains prix. 

Pour l’immobilier, ce contexte est important. Si les prix de l’énergie et des matériaux repartent à la hausse, la construction pourrait rester sous pression et les projets immobiliers continuer à coûter cher. La Banque de France indiquait aussi qu’une part croissante d’entreprises prévoyait de relever ses prix en avril, avec un passage de 11 % à 23 % dans l’industrie. Cela ne concerne pas uniquement l’immobilier, mais cela contribue à entretenir un environnement peu favorable à une baisse rapide des coûts de production dans le bâtiment. 

Paris et la région capitale concentrent les tensions

Le cas parisien résume bien les contradictions du marché français. D’un côté, certains grands projets immobiliers repartent, à l’image de la rénovation de la tour Montparnasse, estimée à 650 millions d’euros. De l’autre, la région capitale continue de manquer de logements accessibles, tandis que les arbitrages entre bureaux, logements, espaces verts et opérations privées restent très politiques. Le débat urbain autour de Montparnasse, comme celui sur la transformation de bureaux vacants, montre que l’immobilier n’est plus seulement une question de marché, mais aussi de stratégie urbaine et d’usage du foncier.