
Un déséquilibre commercial qui inquiète Bruxelles
Les relations commerciales entre l’Union européenne et la Chine restent parmi les plus importantes au monde, mais elles sont de plus en plus marquées par des tensions économiques. La Chine demeure le premier fournisseur de biens pour l’Union européenne, tandis que l’UE reste l’un des principaux marchés d’exportation pour Pékin.
En 2024, les importations européennes en provenance de Chine ont atteint 519 milliards d’euros, contre 213,3 milliards d’euros d’exportations européennes vers la Chine, créant un déficit commercial de 305,8 milliards d’euros pour l’Union européenne.
Ce déséquilibre structurel est au cœur des préoccupations européennes. Les autorités européennes dénoncent notamment la concurrence jugée déloyale dans certains secteurs industriels, en particulier dans les industries manufacturières, qui représentent 96,7 % des importations européennes en provenance de Chine.
Dans ce contexte, plusieurs États membres demandent une stratégie plus ferme afin de protéger la production industrielle locale.
L’Union européenne renforce ses mesures contre les importations
Face à l’afflux de produits à bas prix, l’Union européenne a récemment adopté de nouvelles mesures commerciales pour limiter certaines importations, notamment dans le secteur de l’acier.
Un accord conclu en avril 2026 prévoit de réduire de 47 % les volumes d’acier importés sans droits supplémentaires, tout en augmentant les tarifs sur les volumes excédentaires. Le seuil d’importation sera désormais plafonné à 18,3 millions de tonnes par an, avec des droits renforcés au-delà de ce niveau.
Ces mesures visent à soutenir un secteur industriel sous pression. Les aciéries européennes fonctionnent actuellement à environ 65 % de leur capacité, tandis que le secteur a perdu près de 100 000 emplois depuis 2008.
Plus largement, ces décisions s’inscrivent dans une tendance globale à la protection des industries stratégiques face à la concurrence internationale.
Les matières premières stratégiques au cœur des tensions
Au-delà des produits manufacturés, les tensions portent également sur les matières premières critiques, en particulier les terres rares.
Ces ressources, essentielles à la production de batteries, d’équipements électroniques et de technologies de défense, sont majoritairement contrôlées par la Chine. En Europe, environ 80 % des entreprises se trouvent à seulement trois étapes d’un fournisseur de terres rares, ce qui souligne la forte dépendance européenne à ces matériaux.
Des restrictions d’exportation imposées par Pékin en 2025 ont renforcé les inquiétudes des responsables européens, accélérant la mise en œuvre du Critical Raw Materials Act, un programme visant à diversifier les sources d’approvisionnement et réduire la dépendance stratégique.
Cette question dépasse le simple cadre économique et touche désormais à la sécurité industrielle et technologique de l’Union européenne.
Une relation commerciale toujours indispensable malgré les tensions
Malgré ces différends, les échanges commerciaux entre l’Europe et la Chine restent solides.
Le commerce total entre les deux partenaires a atteint environ 732 milliards d’euros, confirmant l’importance stratégique de cette relation pour les deux économies.
Dans le même temps, plusieurs dirigeants européens continuent de privilégier le dialogue économique. Lors d’une visite en Chine en avril 2026, le Premier ministre espagnol a souligné la nécessité de maintenir une coopération économique étroite, tout en cherchant à réduire les déséquilibres commerciaux, notamment un déficit bilatéral espagnol proche de 50 milliards de dollars en 2025.
Cette stratégie illustre une position européenne de plus en plus nuancée : protéger les industries locales tout en préservant un partenariat commercial essentiel.
Vers une nouvelle phase du commerce mondial
Les tensions commerciales entre l’Union européenne et la Chine s’inscrivent dans un contexte global marqué par la montée du protectionnisme et la recomposition des chaînes d’approvisionnement.
Les économistes anticipent pour 2026 une période d’instabilité commerciale persistante, dominée par des considérations géopolitiques plutôt que par la seule logique économique.
Dans ce contexte, l’évolution des relations UE-Chine constituera un facteur déterminant pour l’industrie européenne, les prix des matières premières et l’équilibre du commerce mondial au cours des prochaines années.

